14/10/2008

Entretien avec Louis Aliot (partie 2) : « La démocratie aujourd’hui est d’abord une question d’argent »

Suite de l’entretien accordé à Novopress par Louis Aliot, secrétaire général du Front national, qui répond notamment aux questions qu’on ne lui a jamais posées sur le fonctionnement intrinsèque de la Ve République. Oui, reconnaît-il, les partis politiques sont des « écuries présidentielles », et « vous ne pouvez, sous peine de disparaître, vous soustraire à cette règle d’or ».

Novopress : Craignez-vous une « islamisation » de la France ? Et l’édification de mosquées sur fonds privés ne vous semble-t-elle pas un processus impossible à endiguer si on ne reconnaît pas une homogénéité ethnique, culturelle et religieuse de la France ?

Louis Aliot : L’islam avance conformément à la loi du nombre. Plus les musulmans seront nombreux et plus les chrétiens perdront du terrain. Plus les églises se videront et plus les mosquées se rempliront. C’est la loi des vases communicants. Ils occupent la place que nous n’occupons plus. Ils sont jeunes, croyants, fiers de ce qu’ils sont et sont entretenus pour beaucoup dans la défiance à l’égard de la France par l’école, les lobbies et les politiciens qui achètent temporairement la paix sociale et la paix civile. Un certain nombre de groupes politico-religieux avancent en utilisant toutes les facilités que leur offre notre système institutionnel ainsi que les faiblesses de notre intelligentsia, y compris catholique. Dois-je rappeler que l’Eglise est systématiquement contre toutes lois contraignantes en matière d’immigration ! J’ai beaucoup de respect pour le pape Benoît XVI, mais je suis perplexe lorsque le 8 octobre il encourage « l’action multiforme des catholiques du monde entier en faveur des immigrés ! » On imagine comment sera reçu ce message dans notre clergé gauchisant…

C’est par une politique forte et le rétablissement de l’autorité de l’Etat qu’on pourra remettre les choses à leur place. Avec l’aide du peuple souverain par le biais du référendum !

Une chose encore. Certains chez nous parlent de réciprocité en matière d’établissement de mosquées. Je ne suis pas favorable à cette réciprocité. Chaque peuple dans sa nation, chaque religion dans sa sphère géographique dans le respect mutuel des droits, des mœurs et des coutumes et dans un esprit de tolérance. Ainsi, quand les clochers sont au Nord et les mosquées au Sud, les repères sont mieux fixés, l’orientation se fait mieux, les tensions n’apparaissent pas et il n’y a pas alors de conflits.

« Le crime a bel et bien été la décolonisation »

Jean-Pierre Chevènement a déclaré récemment, au sujet de la colonisation française en Algérie, que « ces deux peuples n’étaient pas miscibles ». Vous qui êtes issu d’une famille pied-noir, qu’en pensez-vous ? Et ne pensez-vous pas que la conception de l’assimilation prônée par le Front national est à revoir, vu les différences culturelles et religieuses des nouveaux arrivants ?

Pour l’instant, c’est nous qui sommes en train de nous assimiler à eux, et pas le contraire. Regardez dans les tribunaux, les cantines, les piscines, les modes de consommation de masse qui se communautarisent (semaines de l’Orient, du ramadan, du Nouvel An chinois, j’en passe et des meilleures)… Petit à petit, le modèle français et la France reculent…

Comme je vous l’ai dit, notre situation cataclysmique vient de nos faiblesses et de notre affadissement généralisé dont la gauche et la droite sont les seules responsables. La gauche parce qu’elle distille le poison de la culpabilité permanente et la droite parce qu’elle a courbé l’échine devant les lobbies, le marxisme et la « bien-pensance »… Dans ce schéma, même imparfait, le FN reste quand même un mouvement à part, heureusement !

L’assimilation que prône le FN est un acte contraignant qui demande à celui qui vient sur notre terre d’en épouser toutes les aspérités culturelles et sociales. S’il ne le peut pas ? La planète est immense et les pays d’accueil nombreux ! Notre système marchera pour les plus honnêtes, les plus volontaires et les plus méritants. Je ne parle pas de religion, mais même la laïcité (pas le laïcisme !) est un concept qui s’inspire de la Chrétienté : « Tu rendras à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est à César. » Cette laïcité défensive s’oppose à l’Islam et à son « globalisme » puisqu’il ne fait pas de différence entre le spirituel et le temporel.

Les pieds-noirs avaient bâti un beau « pays », trois beaux départements français avec le sang des soldats français et à la sueur de leurs fronts. Ils n’étaient pas à part, ils étaient français en France et toutes les communautés arrivaient à coexister. Même en 1944, ils ont été la principale armée de libération et, dans cette armée, les pieds-noirs, proportionnellement à leur communauté, étaient les plus nombreux. Tout n’était pas parfait, certes. Les mariages mixtes mal vus et mal perçus. Le chacun chez soi était la règle, mais petit à petit le respect mutuel s’imposait et avec le temps, c’est la France qui se serait imposée. Pendant les événements, toutes les communautés étaient rassemblées pour demander le maintien de l’Algérie française. C’est le terrorisme et la peur imposés par le FLN, la complicité des communistes et le reniement de la parole donnée par De Gaulle qui a permis l’inimaginable. Même le pétrole du Sahara qui n’appartenait pas à cette Algérie-là a été donné !

Souvenons-nous de la déclaration du président de l’association des oulémas, El Bachir El Ibrahimi, qui, en 1954, le jour de la Toussaint rouge, a déclaré depuis le Caire : « Le combat est engagé pour le triomphe de l’Arabisme et de l’Islam. » C’est la croix que l’on a voulu vaincre en Algérie où, aujourd’hui, il est interdit aux chrétiens de prier hors des églises (voir le dernier livre de Jean-Claude Perez aux éditions Dualpha).

L’Algérie aurait été une formidable base pour développer et aider l’Afrique en projetant les populations du Nord vers le Sud plutôt que du Sud vers le Nord et ainsi fixer ses populations. Elle était en plus notre réservoir d’énergie et aurait fait de nous l’une des grandes puissances mondiales. Le crime a bel et bien été la décolonisation, surtout de la manière dont elle s’est réalisée. Crime pour les nôtres d’abord mais crime aussi pour les populations de ces nouveaux pays indépendants qui ont souffert et qui souffrent aujourd’hui encore de gouvernements socialisants, corrompus, totalitaires ou quasi mafieux !

« La présidentielle relève plus de la corrida que du débat d’idées ! »


Vous expliquez dans votre thèse, parue en 2003 sous le titre L’élection du président de la Ve République au suffrage universel direct (éd. F.-X. de Guibert), en vous appuyant sur divers travaux, dont ceux de Maurice Druon, être contre l’élection du président de la République au suffrage universel. N’est ce pas un paradoxe pour le secrétaire général d’un parti définissant cette élection comme « la mère de toutes les batailles » ?

Vous avez mal lu ma thèse. Je suis critique sur ses effets et sur l’incohérence qu’elle établit au sein du système politico-institutionnel. Soit le président, parce qu’il est élu par le peuple, est et doit être le seul responsable de la politique menée, et alors l’article 20 (« Le gouvernement détermine et conduit la politique de la nation. Il dispose de l’administration et de la force armée ») doit disparaître et la Constitution doit être modifiée en profondeur ; soit le président élu peut tout se permettre sans endosser la moindre responsabilité et nous vivons sous le règne de l’hypocrisie constitutionnelle et de l’aventure permanente.

Que dit Druon ? « Le génie politique que fut le général de Gaulle n’a commis, j’ose le penser, qu’une seule erreur majeure : la réforme constitutionnelle de 1962. Ce pessimiste avait, pour une fois, fait confiance à la nature humaine. » « Génie politique » me paraît inexact. En revanche, il met en cause tous les successeurs de De Gaulle ! Et là, je le rejoins ! Mais pour autant, et pour le moment, on ne peut pas revenir sur cette élection. Si les hommes sont corrompus ou corruptibles, alors il faut encadrer leurs pouvoirs et les rendre cohérents.

La Constitution de 1958 est morte. Nous vivons toujours avec un texte qui s’appelle « Constitution de 1958 », mais ce n’est plus le même texte, le même esprit, la même pratique… Vingt-quatre révisions constitutionnelles ont sonné le glas de cette Constitution. Le président de mon jury de thèse était Jean Foyer, un remarquable juriste, ancien garde des sceaux du général De Gaulle et rédacteur du texte constitutionnel. Il était sans ambiguïté sur le sujet : « Ils ont tout trahi ! », m’a-t-il dit.

Pour répondre à votre question, cette élection façonne tout le reste, les institutions, la politique et les partis politiques. C’est le mimétisme présidentialiste qui règne. Lorsqu’un parti n’a pas de leader incontesté, ou trop de leaders de même valeur, c’est la cacophonie et la débandade. Ce mimétisme se retrouve même dans les départements, les régions, etc. Ces nouveaux « barons » se prennent pour de grands féodaux avec leurs privilèges, leurs cours, leur démagogie, etc. Mais ce fonctionnement se réalise toujours au détriment du peuple mais toujours avec notre argent !

Dans notre société de consommation, de communication et de spectacle, la présidentielle a changé de dimension. Elle relève plus de la corrida que du débat d’idées ! Le pire c’est qu’elle donne l’illusion du pouvoir, alors qu’une fois élu, le président ne peut même pas appliquer son programme puisque le pouvoir est ailleurs et qu’il est menotté par les promesses qu’il a faites aux uns ou aux autres pour se faire élire ! C’est un grand mensonge qui finira par exploser, un peu comme la Bourse aujourd’hui. La seule chose à faire pour contourner les blocages de l’oligarchie qui a fait main basse sur notre démocratie, c’est de rétablir les grands principes de souveraineté, de liberté et d’identité par le biais du référendum. Seul un pouvoir fort appuyé sur le suffrage universel pourra redonner à la France ses lettres de noblesse.

« Un mouvement nationaliste comme le nôtre ne peut faire l’économie d’un chef »

Vous écriviez dans cette même thèse que l’élection présidentielle au suffrage universel direct « force les partis politiques à se transformer en véritables écuries présidentielles, qui ne vivent que par et pour leur candidat, avec des considérations matérielles et financières de plus en plus sensibles et influentes ». Depuis que vous êtes secrétaire général du Front national, est-ce ce que vous constatez ?

C’est exact : des écuries à la pointe de la communication, avec ses avantages et ses inconvénients. C’est aujourd’hui une obligation. Le système pousse à cela. Vous ne pouvez, sous peine de disparaître, vous soustraire à cette règle d’or. J’ajoute qu’un mouvement nationaliste comme le nôtre ne peut faire l’économie d’un chef (homme ou femme), avec une équipe, des solidarités, mais avec une seule tête ! La contrepartie, c’est que la quête du pouvoir solitaire peut aussi faire perdre la tête à certains et provoquer de gros dégâts dans les organisations politiques et humaines. Les rivalités humaines font partie du schéma. « Où il y a de l’homme, il y a de l’hommerie », disait Montaigne. Regardez le PS aujourd’hui… Où est leur futur Mitterrand ? Tant qu’ils ne l’auront pas trouvé, ils trébucheront !

Quant à l’argent, il est le nerf de la guerre et sans lui pas de campagne électorale. La démocratie aujourd’hui est d’abord une question d’argent. Avec de l’argent et sans idées, vous pouvez gagner une élection. Sans argent et avec de bonnes idées, vous aurez bien moins de chance de l’emporter. Injustice, inégalité majeure, fiction totale, mais c’est ainsi. La démocratie rime aujourd’hui avec l’hypocrisie. Prendre le pouvoir pour le pouvoir, suivre un leader pour partager des places à venir n’a aucun sens parce qu’une fois aux affaires, les contradictions deviennent tellement flagrantes qu’elles obligent à l’immobilisme. Pour ne fâcher personne, pour ne froisser personne et surtout pour préparer une future réélection, les présidents successifs ont tout bradé, y compris la souveraineté de l’Etat ! Regardez Sarkozy. Il mouline dans tous les sens, mais il n’avance pas.

Dans cette élection, c’est autant le parti qui est important que l’adéquation avec les attentes de la majorité du peuple. Etre au bon endroit au bon moment… C’est aussi une bonne gestion du temps politique. Ce qui est important, ce n’est pas les discussions sur la couleur des rideaux, c’est l’incarnation d’une personne dans une attente collective. Cette ambition dépasse très largement le cadre des structures politiques et partisanes.

Seule une adhésion à un « projet de vie » (c’est-à-dire permettre aux citoyens de se projeter dans un avenir possible, réalisable, tenable) s’incarnant dans une femme ou un homme peut abolir le système actuel. Comme plusieurs fois vérifié dans l’histoire de France, et dans des situations troubles, le peuple est à la recherche de l’être providentiel.

Les résultats des dernières élections partielles, une cantonale à Calais, une législative à Chartres, indiquent un nouveau recul du Front national par rapport aux scrutins de référence antérieurs. Comment expliquez-vous que la désillusion d’une partie de l’électorat à l’égard de Nicolas Sarkozy ne profite pas au Front national ?

Les partielles n’ont jamais été très bonnes pour nous sauf exceptions. Reste que la désaffection de notre électorat est préoccupante mais pas définitive. Après la trahison de Mégret, le mouvement a réalisé 5,6 % aux européennes. En 2001, 7 % aux cantonales et une présence municipale modeste. Un an après, Jean-Marie Le Pen est au second tour avec 17 % ! Et aux régionales 2004, nous faisons 15 % ! Vous voyez bien qu’en matière électorale tout est possible.
Dans des villes comme Perpignan, que je connais bien, on voit des anciens électeurs qui reviennent à de meilleurs sentiments et des anciens contestataires faire amende honorable. L’effort doit porter sur notre crédibilité, y compris dans la contestation du système. Tant que les électeurs ne verront pas en nous une alternative possible et un contre-pouvoir efficace, nous souffrirons.

Il est évident que l’emballage Sarkozy commence à s’écorner. Le FN est là, encore présent, mais pas assez. Il fait face à des difficultés financières, mais prépare activement les européennes. Nos prévisions sur le marasme actuel étaient bonnes. Nous avons un fond doctrinal cohérent et les idées qui seules peuvent relever la France. Nous y croyons. Reste à les mettre en musique pour les rendre électoralement les plus efficaces possible. Avec du travail, une reprise en main de la formation de nos cadres et une meilleure organisation interne, nous nous rétablirons.

Enfin, le Front national est la seule structure d’importance qui défende les idées nationales. Tous ceux qui ont contesté l’autorité de Le Pen ont mal fini ou se sont marginalisés. Personne ne veut le comprendre car beaucoup croient détenir la vérité révélée en la matière, mais la politique relève aussi du symbole. L’image de la fidélité a toujours plus de poids, dans l’inconscient collectif, que celle de la trahison. C’est une constatation anthropologique.

On peut ne pas être d’accord, évidemment, et c’est même souhaitable dans les organisations humaines. Mais la critique n’est admissible que lorsqu’elle ne charrie pas des tombereaux d’injures ou de diffamations. Sinon recoller les morceaux est pratiquement impossible… Que chacun se le dise… et y mette du sien.

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